Tantra Jeunes : grandir ensemble, dans une recherche partagée
Entretien avec Alex et Aïma, fondateurs de Tantra Jeunes
Depuis plusieurs années, Alex et Aïma se retrouvent autour d’une même envie : offrir à la nouvelle génération un espace pour se rencontrer, s’écouter et s’explorer. Tantra Jeunes, ce sont des ateliers et des stages pour les 18-35 anse, dans une recherche partagée, en Suisse et en France, traversés par la danse, la méditation, et beaucoup d’amitié. Rencontre.
Comment est né Tantra Jeunes ?
Alex avait 20 ans quand il a poussé la porte de son premier atelier de Tantra. Le choc d’une énergie débordante dans le corps, comme la découverte d’un secret bien gardé dont presque personne ne parlait autour de lui. Très vite, l’envie de partager : il en parle à ses ami·e·s, et la réponse revient presque toujours sous la même forme : « j’ai pas envie de me mélanger avec des vieux ». Au fond, ce qu’Alex cherchait, c’était un espace où retrouver d’autres jeunes traversés par la même quête intérieure. Cet espace n’existait pas encore.
Il a commencé par accompagner Aïma comme assistant sur ses stages. Puis un jour, d’autres animateurs ont lancé un Tantra Jeunes, auquel il a participé. Ce fut une révélation : un élan, un enthousiasme, une faim chez les jeunes qu’il suffisait d’accueillir. À la fin de ce groupe, il a proposé à Aïma de poursuivre l’aventure ensemble, avec l’idée de faire naître une communauté de la nouvelle génération qui, demain, porterait à son tour ces valeurs et cette vision tantriques. Aujourd’hui, ce « demain » est déjà là : Tantra Jeunes est devenu un collectif, et nous sommes entouré·e·s d’une équipe de jeunes qui co-animent, accueillent et tiennent les soirées, les ateliers et les stages à nos côtés.
En quoi les stages de Tantra Jeunes se distinguent-ils des stages habituels de Tantra ?
Notre seule différence visible, c’est la restriction d’âge. Arbitraire en apparence, et pourtant elle a tout son sens. Quand on partage la même tranche de vie, on se reconnaît plus vite dans les questionnements de l’autre, on apprend les un·e·s des autres dans les réflexions et les orientations qui dessinent le quotidien. À 25 ans, on n’aborde pas la vie tout à fait comme à 60 ans, et c’est très bien comme ça. Cette proximité d’âge facilite aussi la naissance d’amitiés profondes, qui souvent perdurent longtemps après le stage. Côté pratiques, il n’y a pas d’exercices « spécial jeunes » : le Tantra est universel. Ce qui change, c’est la résonance dans le groupe.
J’écoutais récemment un discours d’Osho, ce maître spirituel qui a inspiré Margot Anand et bien d’autres, où il dit : « La jeunesse est le moment idéal pour une transformation intérieure, car c’est la période la plus malléable. Les enfants sont plus malléables que les jeunes, mais ils manquent de compréhension. Ils ont besoin d’expérience. La jeunesse se situe précisément à mi-chemin : on n’est plus un enfant, on n’ignore plus la vie et ses rouages, et on n’est pas encore installé dans la vieillesse. On est dans une phase de transition, et cette transition est le moment idéal pour s’affranchir du cycle de la vie et de la mort. La jeunesse est le moment le plus important pour oser un changement radical, car tout changement exige du courage, de l’énergie, de la prise de risque, de l’audace. » (Osho, Le Dhammapada : La Voie du Bouddha, Vol. 8). Qu’en pensez-vous ? Est-ce aussi votre expérience ?
Oui, cela fait écho à ce que nous vivons. La jeunesse nous apparaît comme une porte privilégiée vers une transformation plus large de la société, autour de valeurs plus humaines et plus reliées au vivant. Elle déborde d’énergie, et nous remarquons que les processus personnels y évoluent souvent plus vite que dans d’autres groupes. Cela dit, d’autres étapes psychologiques se posent avec acuité à cet âge : prendre sa place, oser être et vivre, trouver son courage, dessiner son identité, sortir de la maison familiale, réajuster sa relation aux parents. Ce sont des passages, et le Tantra peut les éclairer en douceur.
Et pourtant, depuis 30 ans, j’ai remarqué que beaucoup de gens en France (c’est différent dans d’autres pays) venaient au Tantra après un divorce ou après une vie de famille, donc plutôt après la cinquantaine. Quelles sont aujourd’hui les motivations de ces jeunes qui s’intéressent très tôt au Tantra et à une spiritualité incarnée ?
Ce qui revient le plus souvent, c’est une recherche de lien. L’envie de se connaître, de s’affirmer, de s’aimer. Et de poser des questions vivantes sur l’amour, les relations, le rapport au corps. Les jeunes viennent rarement au Tantra pour soigner une crise ou un trauma. Ils viennent plutôt pour s’ancrer plus profondément en eux et faire grandir leur énergie dans les projets qui les attendent.
Vous proposez des ateliers et des stages en France et en Suisse — où exactement ? Sont-ils ouverts à tous ceux qui ont entre 18 et 35 ans ?
En Suisse, nous animons des ateliers à Genève, et les soirées y sont portées par les jeunes que nous accompagnons en formation. En France, nos stages résidentiels se déroulent à l’Espace Rivoire, un lieu magnifique niché à une heure de Lyon et de Genève. Notre seule porte d’entrée, c’est l’âge : toutes les cultures et toutes les origines sont les bienvenues, et nous tenons beaucoup à la diversité dans nos groupes. Nos propositions sont non-genrées. Nous faisons aussi le maximum pour que nos stages restent accessibles à celles et ceux qui n’auraient pas les moyens, en particulier aux étudiant·e·s : des tarifs adaptés existent, n’hésitez pas à nous écrire. Pour nous, le Tantra reconnaît l’humain, et le divin, en chacun·e, indépendamment de notre histoire ou de notre situation.
Quelle est la place de la danse et de la méditation dans votre approche du Tantra ?
La danse et la méditation sont au cœur de nos propositions, et l’une nourrit l’autre. La danse réveille le corps, fait monter l’énergie, ouvre la vitalité. La méditation invite à s’asseoir, à contempler l’être silencieux qui traverse toute expérience. La danse est une porte vers la méditation ; la méditation, une porte vers le mouvement en immobilité. Le Tantra reste pour nous d’abord un chemin individuel, et la communauté, elle, est ce qui nous fait avancer ensemble.
Parlez-nous un peu du cycle avec les quatre modules : S’ouvrir à l’Amour, S’ouvrir à Son Ombre, S’ouvrir à Son Être et Le Diamant Tantrique. Qu’est-ce qu’un·e jeune peut en attendre ?
Nous avons construit ce cycle comme les différentes parties d’un mandala : chaque stage touche une dimension du Tantra et se complète des autres pour former un tout. Trois week-ends de trois jours et deux nuits — S’ouvrir à l’Amour, S’ouvrir à Son Ombre, S’ouvrir à Son Être — et un stage d’approfondissement en été, plus long, Le Diamant Tantrique, qui rassemble et déploie tout ce qui a été traversé.
Au cœur de la démarche, il y a un grand OUI : oui à l’amour, à l’amour du vivant, de l’autre, de la nature, de l’ensemble de l’expérience humaine. Chaque émotion peut devenir une vénération, une prière à soi-même, à chaque instant. Mais pour dire vraiment oui à tout l’être humain, en dehors des idéaux et des récits hérités de la famille et de la société, il faut plonger dans la réalité du vivant en nous, y compris ce qui n’est pas encore dans la lumière. C’est ce que Jung appelait l’ombre.
S’ouvrir à l’Amour est le premier seuil. Un laboratoire d’expérimentation de l’amour, où l’on explore avec d’autres jeunes comment aimer : se respecter, accueillir, communiquer ses sentiments, traverser la peur d’être aimé·e. C’est l’apprentissage d’un amour confiant et joyeux, qui ne demande pas qu’on se trahisse pour exister.
S’ouvrir à l'Ombre, c’est l’étape où l’on descend. Avec les enseignements de C.G. Jung, qui rejoignent étonnamment ceux du Tantra, nous donnons un espace à tout ce que nous avons appris à refouler : la colère, le désir, les peurs, le passé, les forces brutes. Non pas pour s’y noyer, mais pour couper la tête, symboliquement, à ce qui nous empêche d’être libres et de laisser notre être rayonner. « On ne s’illumine pas en imaginant des figures de lumière, mais en rendant les ténèbres conscientes », écrivait Jung. Le Tantra, lui, ajoute : et en les laissant danser.
S’ouvrir à Son Être est une pause profonde. Un voyage où l’on prend le temps d’être soi-même, au sein d’un groupe de jeunes qui cherchent comme toi le noyau de leur être, le centre du cyclone. La détente, la joie, le lien, sont naturels chez l’humain : ce qui nous en sépare vient en grande partie de la folie de notre pensée collective. Pendant ces trois jours, nous proposons un oasis pour ralentir, écouter, ressentir, et retrouver ses racines dans son être lumineux.
Le Diamant Tantrique, en été, est notre immersion la plus complète. Quatre jours hors du temps pour rassembler les trois dimensions précédentes (amour, ombre, être) et toucher ce que le Tantra appelle l’extase : non pas un état exceptionnel, mais la qualité naturelle de la vie quand on cesse de la filtrer. On y travaille la présence, l’écoute des limites et du désir, l’activation de l’énergie vitale, l’interprétation des rêves, le massage en présence. C’est un stage dont on repart avec quelque chose qui ne se dit pas vraiment, mais qui se sent.
Ce qu’un·e jeune peut en attendre ? Une rencontre avec soi-même, soutenue par le groupe. Une connaissance plus directe de son amour, de sa puissance, de son corps. Et bien souvent, des amitiés profondes. On ne se rencontre jamais vraiment dans le quotidien : on se rencontre quand on lâche les masques.